lundi 13 juillet 2026 · Le quotidien de référence du Gabon
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Économie

La BEAC envisagerait d'inclure le yuan dans ses réserves

Une piste à l'étude qui, si elle se confirme, redessinerait la stratégie monétaire de toute la zone CEMAC.

Selon des informations non confirmées officiellement, la Banque des États de l'Afrique centrale envisagerait d'intégrer le yuan chinois à ses réserves de change. Rien n'est acté, mais l'hypothèse suffit à interroger l'équilibre monétaire d'une zone encore très dépendante de l'euro et du dollar. Pour le Gabon, membre de la CEMAC, l'enjeu dépasse la simple technique financière : c'est la question de la souveraineté monétaire qui s'esquisse en arrière-plan.

Bâtiment institutionnel représentant la Banque des États de l'Afrique centrale
La Banque des États de l'Afrique centrale, dont le siège est à Yaoundé, gère les réserves de change communes aux six pays de la CEMAC, dont le Gabon.

La nouvelle circule depuis peu dans les cercles économiques d'Afrique centrale, mais elle reste, à ce stade, une hypothèse et non une décision arrêtée. La BEAC étudierait la possibilité d'introduire le renminbi, la monnaie chinoise, dans le panier de ses réserves de change. Aucune annonce officielle n'a été faite par l'institution basée à Yaoundé, et il convient de traiter cette information avec la prudence qu'elle mérite.

Une piste à l'étude, pas une décision

Il faut être clair sur un point : à ce jour, aucune confirmation institutionnelle n'est venue valider cette orientation. Les réserves de change d'une banque centrale, ce sont les devises étrangères qu'elle détient pour garantir la stabilité de sa propre monnaie et honorer les engagements extérieurs de la zone qu'elle couvre. Modifier la composition de ce panier n'est jamais un geste anodin : cela engage la crédibilité et la solvabilité de toute une communauté économique, ici les six pays de la CEMAC, dont le Gabon.

Si la démarche se confirmait, elle s'inscrirait dans un mouvement plus large observé ailleurs dans le monde. Plusieurs banques centrales, notamment en Afrique et en Asie, ont déjà diversifié une partie de leurs réserves vers le yuan ces dernières années, à mesure que la Chine s'est imposée comme un partenaire commercial incontournable pour de nombreux pays du Sud.

Pourquoi le yuan tente les banques centrales

La logique, quand elle existe ailleurs, tient généralement à un même constat : la Chine est devenue un partenaire commercial de premier plan pour une large partie du continent africain, y compris pour la zone CEMAC. Détenir une part de réserves en yuan permettrait, en théorie, de réduire l'exposition aux fluctuations du dollar et de faciliter les échanges directs avec Pékin, sans passer systématiquement par une devise tierce.

Cette logique de diversification n'est pas propre à l'Afrique centrale. Elle traduit une tendance plus globale de rééquilibrage des réserves mondiales, où le dollar, bien qu'encore largement dominant, voit sa part relative discutée par de nombreux économistes et institutions financières internationales.

Ce que ça changerait pour le Gabon et la CEMAC

Pour un pays comme le Gabon, dont l'économie reste marquée par les exportations de pétrole, de bois et de manganèse, la question n'est pas purement théorique. Une partie des échanges commerciaux gabonais se fait déjà avec la Chine, qu'il s'agisse d'infrastructures, d'équipements ou de matières premières. Une plus grande présence du yuan dans les réserves régionales pourrait, à terme, simplifier certaines transactions et réduire les coûts de conversion pour les opérateurs économiques locaux.

Mais il faut rester mesuré : le franc CFA de la zone CEMAC reste arrimé à l'euro par un accord de coopération monétaire avec la France, un mécanisme structurant qui ne serait pas remis en cause par un simple ajustement de la composition des réserves. Diversifier ses réserves n'équivaut pas à changer d'ancrage monétaire. Ce sont deux décisions de nature très différente, et rien dans les informations disponibles ne suggère que la seconde soit à l'ordre du jour.

Les incertitudes qui demeurent

L'information provient à ce stade d'une seule source, non confirmée par l'institution elle-même ni recoupée par d'autres canaux officiels. La prudence s'impose donc sur l'ampleur, le calendrier et même la réalité de cette orientation. Il serait prématuré d'y voir un tournant acquis pour la politique monétaire de la CEMAC.

Ce qui est certain, en revanche, c'est que la question mérite d'être suivie de près. Si la BEAC venait à officialiser une telle évolution, elle toucherait directement la vie économique de millions d'habitants de la sous-région, du commerçant libreville qui importe des marchandises chinoises jusqu'aux grandes entreprises exportatrices de matières premières. Le Kiosque suivra ce dossier et informera ses lecteurs dès que des éléments officiels seront disponibles.

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