Transport public : Libreville mise sur une nouvelle compagnie unique
Née de la fusion de Transurb et de la SOGATRA, la Compagnie Nationale de Transport veut mettre fin à des années de bus en panne et de lignes désertées.
Pendant des années, prendre le bus à Libreville a rimé avec attente interminable et véhicules à bout de souffle. Le gouvernement annonce la naissance d'une Compagnie Nationale de Transport (CNT), issue de la fusion de deux sociétés publiques fragilisées, avec de nouveaux bus et une salle de pilotage du trafic présentée comme une première au Gabon. Reste à transformer cette annonce en service quotidien fiable pour les usagers.

Il y a des mots qui, à force d'être répétés sans suite, finissent par sonner creux. « Redressement de la SOGATRA », « modernisation du transport urbain » : Libreville les a entendus plus d'une fois. Cette fois, le gouvernement affirme vouloir passer du discours aux actes, avec la création d'une Compagnie Nationale de Transport (CNT).
Une fusion pour sortir de l'impasse
La CNT n'est pas une société créée de rien. Elle naît de la fusion-absorption de Transurb et de la SOGATRA, deux opérateurs publics qui assuraient jusqu'ici, cahin-caha, le transport urbain et interurbain au Gabon. En clair : au lieu de faire vivre côte à côte deux structures concurrentes et essoufflées, l'État choisit de les regrouper en une seule entité, avec l'espoir d'en faire un outil plus solide financièrement et plus simple à gérer.
Selon la présentation qu'en fait le ministère des Transports, cette réorganisation répond à une volonté du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de doter le pays d'un opérateur public « moderne, performant et économiquement viable ». Le portage politique du dossier a été confié au ministre d'État Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, qui a fait du redressement des entreprises publiques du secteur — SOGATRA, Transurb, mais aussi la C2N2I — une priorité annoncée dès sa prise de fonctions.
Des bus neufs comme premier signal
Avant même la mise en place complète de la nouvelle structure, des équipements ont déjà été acquis pour constituer, selon le ministère, « le socle opérationnel » de la future compagnie. L'objectif affiché est simple à comprendre pour n'importe quel habitué des arrêts de bus : remplacer un parc vieillissant, souvent en panne, par des véhicules capables d'assurer un service régulier.
C'est là que se joue, très concrètement, la crédibilité du projet. Un bus neuf sur le papier ne vaut rien s'il ne roule pas six mois plus tard faute d'entretien ou de pièces détachées — un scénario que les usagers de la capitale ont déjà connu avec les précédentes flottes publiques. La question du financement durable de l'entretien, elle, n'est pas encore documentée à ce stade.
Une salle de contrôle inédite au Gabon
Au-delà des véhicules, le projet prévoit une remise à niveau des infrastructures sur l'ancienne base de la SOGATRA, avec des travaux de réhabilitation des locaux et des espaces de maintenance. La pièce maîtresse de cette rénovation serait une salle moderne de gestion du trafic, présentée comme une première au Gabon.
Concrètement, ce type d'outil permet de suivre en temps réel la position des bus, les retards, les incidents de circulation, pour ajuster les fréquences et les itinéraires plutôt que de laisser chaque ligne vivre sa vie de manière isolée. C'est le genre de dispositif que l'on trouve déjà dans certaines métropoles africaines pour fluidifier des réseaux urbains sous tension. Sa mise en service effective et son usage réel restent, à ce jour, à vérifier sur le terrain.
Ce que cela change, ou pas encore, pour les usagers
Pour l'habitant de Libreville qui attend son bus à Nzeng-Ayong ou à Akanda, l'enjeu n'est pas la structure juridique de la nouvelle compagnie mais une question simple : est-ce que le bus arrivera à l'heure, et est-ce qu'il y en aura un le mois prochain ? La fusion de Transurb et de la SOGATRA, l'achat de nouveaux véhicules et la future salle de pilotage du trafic dessinent une ambition claire de remise en ordre du secteur.
Mais l'histoire du transport public gabonais est aussi celle de plans de relance qui se sont heurtés à la réalité budgétaire et à l'usure du matériel. La CNT part avec un signal fort — des équipements déjà acquis, des travaux engagés — et une promesse politique assumée au plus haut niveau de l'État. Son vrai test commencera le jour où ses bus rouleront, tous les jours, sur les lignes que les Gabonais emploient pour aller travailler.
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