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Économie

Transformer nos ressources ici, plutôt que les vendre brutes

Une tribune relance un débat ancien : faire du Gabon un pays qui transforme ses richesses, pas seulement un pays qui les extrait.

Manganèse, bois, pétrole : le Gabon exporte depuis des décennies des matières premières que d'autres transforment, et dont d'autres tirent l'essentiel de la valeur ajoutée. Une tribune récente, signée par un géopolitologue et un co-auteur, remet ce constat au cœur du projet de la Ve République, en le posant comme une question de souveraineté économique. L'idée n'est pas neuve, mais le moment politique lui donne un relief particulier.

Ouvriers dans une unité de transformation industrielle au Gabon
La transformation locale des ressources naturelles, un chantier ancien remis au cœur du débat économique gabonais.

Un vieux dilemme économique

Le Gabon est riche de sous-sol : deuxième producteur mondial de manganèse, exportateur historique de bois tropical, producteur de pétrole depuis plus d'un demi-siècle. Mais la richesse extraite n'est pas toujours la richesse gardée. Une part importante de ces matières premières quitte le pays à l'état brut, avant d'être transformée — et valorisée — ailleurs.

Ce schéma n'est pas une fatalité gabonaise : c'est le lot commun de nombreuses économies africaines. Le pays a pourtant montré, une fois, qu'un choix politique fort pouvait inverser la tendance. Depuis l'interdiction de l'exportation du bois brut en 2010, la filière forestière s'est en partie industrialisée, avec des unités de sciage et de deuxième transformation qui n'existaient pas auparavant. L'exemple reste cité comme la preuve qu'une décision peut déplacer une filière entière vers plus de valeur ajoutée locale.

L'argument de la souveraineté

C'est cette logique que la tribune publiée récemment cherche à généraliser, en la reliant explicitement au projet de la Ve République. Pour ses auteurs — le géopolitologue Jonathan Ndoutoume et un co-auteur —, transformer localement le manganèse, le bois ou d'autres ressources n'est pas seulement une question industrielle : c'est une condition de souveraineté économique, au sens où un pays qui ne fait que vendre ses matières premières reste dépendant des prix, des acheteurs et des technologies décidés à l'extérieur de ses frontières.

Cette lecture doit être prise pour ce qu'elle est : un point de vue argumenté, publié comme tribune, et non une annonce officielle ni un programme gouvernemental chiffré. Elle s'inscrit néanmoins dans un débat public plus large sur la diversification économique du pays, un objectif régulièrement rappelé par les autorités gabonaises elles-mêmes.

Ce que cela changerait, concrètement

Si cette orientation venait à se traduire en politiques publiques assumées, l'enjeu serait tangible pour les Gabonais : davantage d'emplois industriels à Moanda, Libreville ou Port-Gentil, une part plus grande de la valeur des exportations qui reste dans le pays, et une économie moins vulnérable aux variations des cours mondiaux des matières premières.

Reste que la transformation locale suppose des investissements lourds, de l'énergie disponible et compétitive, et une stabilité réglementaire dans la durée — autant de conditions que la seule volonté politique ne suffit pas à réunir. Le débat ouvert par cette tribune a au moins le mérite de reposer la question dans les termes qui comptent : non pas « faut-il transformer », mais « comment, et à quel rythme ».

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