lundi 14 septembre 2026 · Le quotidien de référence du Gabon
Le Kiosque
Économie

Potasse de Mayumba : le Gouvernement accélère un projet minier stratégique

À l'extrême sud du pays, l'État affiche sa volonté d'avancer plus vite sur un gisement resté longtemps en sommeil.

Le ministère des Mines a annoncé une accélération du projet de potasse de Mayumba, dans la province de la Nyanga. Une annonce sobre, sans calendrier ni chiffres détaillés à ce stade, mais qui remet sur le devant de la scène un gisement dont on parle depuis des années sans qu'il n'ait jamais vraiment décollé. Reste à savoir ce que cette relance signifie concrètement pour la région et pour l'économie gabonaise.

Littoral et lagune de Mayumba vus du ciel, avec la végétation côtière et l'océan Atlantique
Le gisement de potasse se trouve dans la zone côtière de Mayumba, à l'extrême sud du Gabon.

Mayumba, ville côtière posée à la pointe sud du Gabon, entre l'océan et la frontière congolaise, n'est pas seulement connue pour son parc national et ses tortues luths. Sous ses sols et sa lagune dort un gisement de potasse identifié depuis plusieurs décennies, sans qu'aucun projet d'exploitation n'ait jamais atteint la phase industrielle. Le Gouvernement annonce aujourd'hui vouloir accélérer les choses.

Un minerai que l'on ne voit jamais mais que l'on mange tous les jours

La potasse ne fait pas la une comme le pétrole ou le manganèse, et pourtant elle est partout, ou presque, dans nos assiettes. C'est un engrais minéral, utilisé dans le monde entier pour nourrir les cultures de céréales, de fruits ou de légumes. Sans elle, difficile d'imaginer l'agriculture intensive telle qu'elle existe aujourd'hui. Le marché mondial en est très concentré, dominé par une poignée de pays — Canada, Russie, Biélorussie —, ce qui en fait aussi un enjeu géopolitique sensible, comme l'a rappelé la guerre en Ukraine et ses répercussions sur les prix des fertilisants.

Pour un pays comme le Gabon, disposer d'un gisement exploitable représenterait une carte supplémentaire dans un jeu économique encore très dépendant des hydrocarbures et du bois.

Ce que l'on sait, ce que l'on ignore encore

Le communiqué du ministère des Mines reste, à ce stade, prudent dans sa formulation : il évoque une accélération du dossier sans détailler ni le calendrier de mise en œuvre, ni les investisseurs associés, ni le volume des réserves visées. C'est peu, et c'est volontairement que nous ne comblons pas ces silences par des suppositions.

Ce type d'annonce marque en général une étape administrative ou politique — déblocage d'un permis, relance de discussions avec un partenaire, feuille de route actualisée — plutôt que le démarrage effectif d'une mine. L'histoire minière gabonaise, de l'or de Minkébé au fer de Belinga, a appris à la prudence : entre l'annonce d'un projet et sa concrétisation, le chemin est souvent long, semé d'études géologiques, de négociations financières et d'infrastructures à construire.

Pourquoi Mayumba, et pourquoi maintenant

La Nyanga reste une des provinces les moins industrialisées du pays, loin des flux du Woleu-Ntem ou du Haut-Ogooué. Un projet minier d'ampleur y changerait la donne : routes, emplois locaux, activité portuaire, dans une zone où l'économie repose surtout sur la pêche et le tourisme balnéaire naissant autour du parc national.

La relance intervient aussi dans un contexte où l'État cherche à élargir son socle de ressources minières, au-delà du manganèse qui a porté la croissance de la production gabonaise ces dernières années. Diversifier ne veut pas dire abandonner ; cela veut dire ne plus tout faire dépendre d'un seul minerai, d'un seul marché, d'un seul acheteur.

Ce qu'il faudra surveiller

Si ce dossier avance réellement, les prochains signaux à observer seront concrets : signature d'un partenariat industriel, publication d'une étude de faisabilité, ou lancement de travaux préparatoires sur le site. En l'état, l'annonce du ministère ouvre une fenêtre, sans encore en dessiner tous les contours. Pour Mayumba et pour la Nyanga, l'attente continue — mais elle a, cette fois, un nom officiel derrière elle.

À lire aussi