Ordre urbain à Libreville : le pari des trois jours d'Eugène Mba
La mairie de Libreville lance sa campagne de « Restauration de l'Ordre Urbain » avec un ultimatum court, et beaucoup d'incertitudes sur sa tenue dans le temps.
Depuis le 15 juillet 2026, la mairie de Libreville est entrée dans la phase opérationnelle de sa campagne de Restauration de l'Ordre Urbain (ROU). Le maire Eugène M'ba a laissé trois jours aux commerçants et habitants pour se mettre volontairement en conformité, avant le début des déguerpissements et des démolitions. Un délai serré, qui pose une question simple : cette fois, la ville tiendra-t-elle la distance ?

Trois jours, pas un de plus
La mesure a été annoncée sans détour : les opérateurs économiques et les habitants concernés disposent d'un délai de trois jours pour régulariser leur situation avant que les équipes municipales ne passent à l'action. Passé ce délai, la mairie prévoit des déguerpissements et des démolitions sur les installations jugées non conformes.
Ce format court tranche avec les campagnes de sensibilisation plus longues menées habituellement avant ce type d'opération. Il traduit une volonté affichée de résultats rapides, mais il interroge aussi sur la capacité réelle des personnes visées — souvent des petits commerçants installés depuis des années — à se conformer dans un temps aussi restreint.
Un mal urbain que Libreville connaît bien
Étals qui débordent sur la chaussée, kiosques installés sans autorisation, trottoirs transformés en zones de stationnement improvisé : le désordre urbain n'est pas une nouveauté pour la capitale gabonaise. Des initiatives de remise en ordre ont déjà été engagées par le passé, avec des résultats jugés inégaux et souvent de courte durée, les occupations informelles reprenant une fois la pression retombée.
C'est précisément ce précédent qui nourrit le scepticisme entourant la nouvelle campagne. La question n'est pas tant l'intention que la tenue dans le temps : une opération de « coup de balai » peut dégager provisoirement l'espace public, mais elle ne s'attaque pas toujours aux causes qui poussent des milliers de Librevillois à vivre du commerce informel faute d'alternative.
Ce que ça change, concrètement, pour les habitants
Pour les commerçants installés sur les axes visés, l'enjeu est immédiat : trouver, en quelques jours, un espace conforme ou risquer de perdre leur outil de travail. Pour les automobilistes et les piétons, l'objectif affiché — fluidifier la circulation et libérer les trottoirs — répond à une gêne quotidienne réelle, notamment aux abords des grands marchés et des artères les plus fréquentées de la capitale.
Mais l'équation ne se limite pas à la seule application de la règle. Sans solution de relogement ou d'espaces marchands alternatifs, une partie des personnes déguerpies risque de se redéployer quelques rues plus loin, reproduisant le désordre que la campagne entend justement corriger.
Le vrai test reste à venir
La détermination affichée par la municipalité mérite d'être suivie avec attention, tout comme sa capacité à accompagner la mesure de solutions durables pour les personnes concernées. C'est dans les semaines suivant les premières opérations, une fois l'attention retombée, que se jugera si cette campagne marque une rupture avec les précédentes ou si elle s'inscrit dans le même cycle de reprise progressive des espaces publics.
Pour l'heure, Libreville retient son souffle : le délai de trois jours a couru, place désormais aux actes.
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