Mines : 51,8 milliards d'impôt envolés d'un trait de plume budgétaire
Une ligne discrète de la loi de finances rectificative révèle une révision spectaculaire de la fiscalité minière attendue cette année.
Dans la loi de finances rectificative promulguée le 17 juillet, une ligne du tableau des recettes change tout. L'impôt sur les sociétés espéré du secteur minier chute de 53,2 milliards à 1,47 milliard de francs CFA, une révision à la baisse de 97 %. Quelque 51,8 milliards de recettes fiscales se sont ainsi volatilisés en cours d'exercice, sans qu'aucune autre catégorie de recettes ne connaisse un ajustement comparable.

Une révision qui détonne
Sur le papier, c'est une simple correction technique parmi des dizaines d'autres lignes budgétaires. Dans les faits, elle pèse lourd. L'impôt sur les sociétés minières, initialement projeté à 53,2 milliards de francs CFA pour l'exercice, est ramené à 1,47 milliard dans la loi de finances rectificative promulguée le 17 juillet. Une chute de 97 % qui ne trouve, selon les documents disponibles, aucun équivalent dans les autres catégories de recettes de l'État.
Ce genre d'ajustement n'a rien d'anodin pour des finances publiques déjà sous tension. Une prévision de recettes n'est jamais une garantie, mais un écart de cette ampleur interroge sur la méthode qui a présidé à l'estimation initiale, ou sur ce qui a changé depuis en si peu de temps.
Ce que cache un chiffre
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer un tel écart : ralentissement de la production, baisse des cours mondiaux des minerais, effet d'exonérations ou de mécanismes de défiscalisation propres au secteur extractif, ou encore correction d'une prévision initiale jugée trop optimiste. À ce stade, les informations disponibles ne permettent pas de trancher entre ces explications, et aucune communication officielle détaillée n'a accompagné cette ligne budgétaire.
Cette opacité mérite d'être soulignée sans être instrumentalisée. Le secteur minier occupe une place croissante dans l'économie gabonaise, portée notamment par le manganèse dont le pays est l'un des tout premiers producteurs mondiaux. Que la fiscalité issue de ce secteur s'effondre à ce point, en cours d'année, touche directement la capacité de l'État à financer ses priorités, des infrastructures aux services publics.
Et pour les Gabonais, concrètement ?
Un manque à gagner de 51,8 milliards de francs CFA, c'est l'équivalent de projets d'infrastructures ou de programmes sociaux qui devront être financés autrement, ou reportés. Dans un contexte où l'État cherche à élargir son assiette fiscale et à réduire sa dépendance aux hydrocarbures, cette révision massive de la fiscalité minière pose une question simple : le potentiel de recettes de ce secteur est-il correctement mesuré et effectivement recouvré ?
La transparence sur les raisons précises de cet ajustement serait utile, tant pour les citoyens que pour les partenaires financiers du pays. Elle permettrait aussi de vérifier si les mécanismes d'exonération, lorsqu'ils existent, correspondent à des contreparties claires en matière d'investissement ou d'emploi local. À défaut d'explications détaillées, ce chiffre restera une zone d'ombre dans un budget qui en compte encore trop.
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