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La Taskforce, ce pouvoir de police que personne n'expliquait

Recréée deux fois en un demi-siècle d'histoire institutionnelle, cette structure discrète dispose d'un pouvoir d'arrestation rarement mis en lumière.

Elle prête serment devant la Cour de Cassation, ses agents sont officiers de police judiciaire et peuvent réquisitionner les forces de l'ordre. Pourtant, la Taskforce reste largement inconnue du grand public gabonais. Un décret présidentiel signé en novembre 2024 est venu réaffirmer son existence, sans lever tout le mystère qui l'entoure.

Bâtiment institutionnel évoquant la Cour de Cassation du Gabon
La Cour de Cassation, devant laquelle les membres de la Taskforce prêtent serment.

Une institution qui traverse les régimes

Peu de structures administratives gabonaises peuvent se targuer d'une telle longévité. Selon nos informations, la Taskforce a survécu à trois régimes successifs et a dû être recréée à deux reprises au fil des décennies. Ce genre de résilience institutionnelle, rare dans l'appareil d'État, dit quelque chose de la fonction qu'elle occupe : suffisamment utile pour être ressuscitée, mais jamais assez visible pour être connue.

Ses membres ne sont pas de simples fonctionnaires. Ce sont des officiers de police judiciaire, statut qui leur confère des prérogatives d'enquête et, le cas échéant, un pouvoir d'arrestation. Fait notable : ils prêtent serment devant la Cour de Cassation, la plus haute juridiction du pays en matière judiciaire. Cette solennité place d'emblée la Taskforce dans une catégorie à part, entre administration et justice.

Le sceau du pouvoir exécutif

En novembre 2024, un décret présidentiel est venu formaliser, ou réaffirmer, l'existence de cette structure. Le texte porte les signatures du président de la République Brice Oligui Nguema, de la Première ministre Raymonde Ndong Sima, et de cinq ministres. Une telle mobilisation au sommet de l'État, pour un organe aussi peu médiatisé, suggère que la question dépasse la simple formalité administrative.

Autre élément à souligner : la Taskforce peut, selon les informations recueillies, faire appel aux forces de l'ordre pour l'exécution de ses missions. Concrètement, cela signifie qu'elle ne se contente pas d'enquêter sur le papier : elle dispose des moyens coercitifs pour agir sur le terrain, en s'appuyant si besoin sur la police ou la gendarmerie.

Ce que cela change pour les Gabonais

À ce stade, une seule source documente précisément cette structure, ce qui invite à la prudence sur l'étendue exacte de ses missions et de son champ d'action. Mais l'essentiel tient déjà en une idée simple : il existe, au sein de l'appareil d'État gabonais, un organe doté de pouvoirs de police judiciaire dont l'existence même échappait jusqu'ici à la plupart des citoyens.

Dans un pays qui affiche une volonté de renforcer l'État de droit, comprendre qui détient quels pouvoirs — et sous quel contrôle judiciaire — n'est pas un détail. Le serment devant la Cour de Cassation constitue un garde-fou ; encore faut-il que les citoyens sachent qu'il existe. C'est tout l'enjeu de la transparence institutionnelle que ce dossier, encore incomplet, met en lumière.

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