lundi 14 septembre 2026 · Le quotidien de référence du Gabon
Le Kiosque
Économie

Intelligence artificielle : le Gabon absent de la carte qui se dessine en Afrique

Pendant que quatre capitales africaines se partagent déjà les rôles clés de l'intelligence artificielle, le Gabon n'a pas encore posé sa première pierre.

Kigali écrit les règles, Johannesburg fait tourner les machines, Casablanca fournit la puissance de calcul, Lagos forme les talents. Sur cette carte de l'intelligence artificielle qui s'esquisse à toute vitesse sur le continent, l'Afrique centrale reste une zone blanche. Le Gabon dispose pourtant d'un programme, Gabon-Digital, mais celui-ci répond à une autre urgence : dématérialiser les démarches administratives, pas construire une filière d'intelligence artificielle.

Carte de l'Afrique avec des points lumineux marquant les pôles technologiques et une zone d'ombre sur l'Afrique centrale
Quatre villes concentrent déjà les rôles clés de l'intelligence artificielle en Afrique.

Une carte qui se referme vite

En quelques années, quatre villes se sont imposées comme les points d'ancrage de l'intelligence artificielle africaine. Kigali s'est positionnée sur la régulation, en posant tôt un cadre juridique pour encadrer les usages. Johannesburg concentre les infrastructures lourdes, avec des centres de données capables de faire tourner des modèles gourmands en électricité et en calcul. Casablanca mise sur la puissance de calcul elle-même, condition technique sans laquelle aucun projet d'IA sérieux ne peut voir le jour. Lagos, enfin, produit ce qui compte le plus à long terme : des ingénieurs et des chercheurs formés à ces technologies.

Cette répartition des rôles ne relève pas du hasard. Elle traduit des choix d'investissement assumés depuis plusieurs années dans ces pays, avec l'appui de bailleurs internationaux et d'acteurs privés du numérique. Le Gabon n'apparaît dans aucune de ces catégories.

Gabon-Digital, une réponse à un autre problème

Le programme Gabon-Digital, porté par les autorités, vise à simplifier la vie administrative des citoyens : actes d'état civil, démarches en ligne, guichets numériques. C'est un objectif utile et concret, qui touche au quotidien de milliers de Gabonais lassés des files d'attente et des dossiers perdus.

Mais dématérialiser un acte administratif n'a rien à voir avec développer une intelligence artificielle. Le premier consiste à transposer un document papier sur un écran ; le second suppose des infrastructures de calcul, des données structurées, des compétences pointues et une stratégie de long terme. Confondre les deux, c'est risquer de croire qu'on avance sur un terrain où l'on n'a en réalité pas encore posé le pied.

Ce que cela signifie pour l'avenir du pays

L'enjeu dépasse la seule technologie. Les pays qui maîtrisent l'intelligence artificielle demain pèseront davantage dans l'agriculture de précision, la santé, l'éducation ou la gestion des ressources naturelles — des domaines où le Gabon a des intérêts vitaux, de la forêt au pétrole en passant par la santé publique.

Rien n'indique que la partie soit définitivement jouée. Mais le retard se mesure déjà en années, pas en mois. Une chose reste certaine : sans formation de talents, sans capacité de calcul et sans cadre de régulation propre, le Gabon continuera de consommer les outils d'intelligence artificielle conçus ailleurs, plutôt que d'en écrire une part, même modeste, du récit africain.

À lire aussi

IA en Afrique : pourquoi le Gabon reste hors-jeu — Le Kiosque