lundi 14 septembre 2026 · Le quotidien de référence du Gabon
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Éléphants et fréquences : l'improbable alliance de l'ANINF

L'agence chargée du numérique gabonais s'invite dans la protection de la faune, aux côtés d'une organisation kényane mandatée pour la coexistence entre l'homme et l'éléphant.

Ce n'est pas le genre de visite qu'on attend dans les bureaux d'une agence numérique. Jeudi, l'Agence Nationale des Infrastructures Numériques et des Fréquences a reçu une délégation venue du Kenya, engagée dans un programme de protection des éléphants financé à l'échelle de l'Afrique centrale. Derrière cette rencontre, un projet qui mêle technologie, forêt et cohabitation entre villageois et pachydermes.

Troupeau d'éléphants de forêt dans une clairière au Gabon, vue aérienne de la canopée environnante
Le bassin forestier gabonais abrite une importante population d'éléphants de forêt, au cœur des tensions homme-faune.

Une rencontre qui sort de l'ordinaire

L'Agence Nationale des Infrastructures Numériques et des Fréquences (ANINF), dirigée par Alberto Wenceslas Moungenguni Moudoki, a accueilli ce jeudi une délégation d'AB Entheos, organisation kényane mandatée par la Wildlife Conservation Society. À première vue, l'attelage surprend : que vient faire une agence dédiée aux réseaux et aux fréquences dans un dossier de faune sauvage ?

La réponse tient en un mot, celui qui donne son nom au programme : coexistence. Le projet "Coexistence pacifique entre l'Homme et l'Éléphant" cherche à limiter les conflits, parfois violents, entre populations rurales et pachydermes qui saccagent cultures et parfois vies humaines dans plusieurs provinces du pays. Et ces conflits, de plus en plus documentés, s'appuient de plus en plus sur des outils numériques : capteurs, systèmes d'alerte, cartographie des déplacements des troupeaux.

Le rôle discret des fréquences

C'est précisément là que l'expertise de l'ANINF entre en jeu. Gérer des infrastructures numériques et des fréquences, c'est aussi permettre le déploiement de technologies de suivi et d'alerte en zone rurale, souvent dépourvue de couverture réseau classique. Sans réseau fiable, pas de dispositif d'alerte précoce qui prévienne un village de l'arrivée d'un troupeau.

Le financement de ce programme provient de l'Initiative pour les Forêts d'Afrique Centrale, un mécanisme régional destiné à soutenir des projets de conservation à cheval sur plusieurs pays du bassin du Congo. Le Gabon, avec ses vastes massifs forestiers et sa population d'éléphants de forêt parmi les plus importantes du continent, occupe une place centrale dans ce dispositif.

Ce que cela change concrètement

Pour les Gabonais vivant en périphérie des forêts, dans des localités où les incursions d'éléphants abîment les plantations de manioc ou de banane, l'enjeu n'a rien d'abstrait. Chaque saison, des familles perdent une partie de leurs récoltes, parfois leur unique source de revenu. Un système d'alerte fonctionnel, appuyé sur une infrastructure numérique solide, peut réduire ces pertes en donnant aux communautés le temps de réagir avant qu'un troupeau n'atteigne un champ.

Cette collaboration reste à ses débuts, et les modalités concrètes de mise en œuvre — zones pilotes, calendrier, technologies retenues — n'ont pas encore été précisées publiquement. Elle illustre néanmoins une tendance de fond : la protection de la biodiversité gabonaise s'appuie désormais sur des compétences techniques qui dépassent le seul cadre environnemental, faisant de l'ANINF un acteur inattendu, mais logique, de la conservation.

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