lundi 14 septembre 2026 · Le quotidien de référence du Gabon
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Déguerpissements à Libreville : quand la loi croise la vie des quartiers

Une opération municipale contre les occupations illicites du domaine public relance un débat plus profond sur la justice sociale.

La Mairie de Libreville a annoncé une opération de déguerpissement visant les occupations illicites du domaine public. Derrière cette question d'urbanisme se cache un débat plus vaste : celui de l'équilibre entre le droit et le vécu quotidien de milliers de Librevillois installés, parfois depuis des années, sur des terrains qui ne leur appartiennent pas.

Rue de Libreville bordée d'étals et de kiosques installés sur le trottoir
Les occupations du domaine public sont fréquentes dans plusieurs quartiers de la capitale gabonaise.

Libreville grandit vite, trop vite parfois pour ses propres règles. Depuis plusieurs années, des trottoirs, des abords de voirie, des espaces publics ont été progressivement occupés par des étals, des kiosques, des habitations de fortune. La municipalité a fait savoir qu'elle entendait reprendre la main sur ces occupations jugées illicites.

Sur le papier, la démarche relève d'une logique simple : le domaine public appartient à tous, il ne peut être confisqué par quelques-uns au détriment du reste de la collectivité. Faire respecter cette règle, c'est aussi garantir la sécurité et la fluidité de la ville, deux enjeux que connaissent bien les usagers des grandes artères de la capitale, souvent encombrées.

Une opération qui touche à des vies concrètes

Mais derrière chaque étal, chaque baraque installée en bord de route, il y a souvent une histoire : une mère de famille qui vend ses légumes pour nourrir ses enfants, un jeune qui répare des téléphones faute d'avoir trouvé un emploi salarié, une famille qui n'a pas eu d'autre choix que de s'installer là où elle a pu. La légalité de l'occupation ne dit rien de la nécessité qui l'a motivée.

C'est précisément ce nœud que pointe l'interrogation soulevée autour de cette opération : la loi peut-elle s'appliquer sans tenir compte du contexte social qui a produit ces installations ? Faute d'informations détaillées et vérifiées sur le calendrier, l'ampleur ou les modalités précises de cette opération, la prudence s'impose sur les faits eux-mêmes. Ce qui ressort clairement, en revanche, c'est la tension de principe qu'elle soulève.

Le dilemme classique des politiques urbaines

Ce débat n'est pas nouveau, ni propre au Gabon. Partout où les villes se densifient sans que le logement social ou les infrastructures suivent au même rythme, les autorités locales se retrouvent face au même dilemme : comment restaurer l'ordre public sans précariser davantage des populations déjà fragiles ?

La réponse, dans la plupart des expériences comparables, ne se limite jamais à la seule évacuation. Elle suppose un accompagnement : recensement des occupants, solutions de relogement ou de réinstallation, dialogue avec les commerçants informels avant toute intervention. C'est cette dimension d'accompagnement qui fait souvent la différence entre une opération perçue comme punitive et une politique urbaine comprise comme nécessaire.

Ce que cela change pour les Gabonais

Pour les habitants de Libreville, la question dépasse le seul sort des occupants directement concernés. Une ville où le domaine public est respecté, c'est une ville où l'on circule mieux, où les trottoirs redeviennent praticables, où les espaces publics retrouvent leur fonction collective. Mais une ville juste est aussi une ville qui ne se construit pas sur l'effacement brutal de ceux qui n'ont pas eu d'alternative.

L'enjeu, pour la municipalité, sera donc de conjuguer les deux exigences : faire respecter la règle commune, tout en donnant aux plus vulnérables le temps et les moyens de s'adapter. C'est à cette aune, plus qu'à celle du seul texte de loi, que l'opération sera jugée par les Librevillois eux-mêmes.

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