Décentralisation : Libreville tente de sortir un vieux dossier de l'ombre
Le gouvernement rouvre le chantier du financement des collectivités locales, trois décennies après le lancement de la réforme.
Réuni en comité interministériel ce jeudi 23 juillet, l'exécutif a remis sur la table la question du transfert effectif des compétences et des ressources vers les communes et départements. Un dossier vieux de près de trente ans, resté largement lettre morte sur le plan financier.

Sous la présidence du Vice-président du gouvernement Hermann Immongault, les membres de l'exécutif se sont penchés sur un chantier que l'on croyait parfois enterré : celui du financement de la décentralisation. En clair, il s'agit de savoir comment donner aux collectivités locales les moyens concrets d'exercer les compétences qui leur ont été confiées sur le papier depuis longtemps.
Une promesse ancienne, des blocages persistants
La décentralisation gabonaise remonte à près de trente ans. Sur le papier, les municipalités et provinces devaient récupérer une part de responsabilités jusque-là concentrées à Libreville : voirie, marchés, état civil, gestion de proximité. Dans les faits, le transfert des ressources correspondantes n'a presque jamais suivi celui des compétences, laissant nombre de mairies gérer des missions sans budget à la hauteur.
Ce décalage explique la lenteur chronique de certains services municipaux, l'état de voiries jamais rénovées ou des équipements publics à l'abandon dans plusieurs communes de l'intérieur. Ce n'est pas tant un manque de volonté locale qu'une question de moyens : sans ressources fléchées, les élus locaux ne peuvent agir.
Ce que le comité interministériel a mis sur la table
Selon les informations disponibles, la réunion du 23 juillet visait précisément à identifier les blocages qui freinent ce transfert depuis des années. Les détails techniques des mesures envisagées — fiscalité locale, dotations de l'État, péréquation entre communes riches et pauvres — n'ont pas encore été rendus publics dans le détail, et il conviendra d'attendre les prochaines annonces pour en mesurer la portée réelle.
Ce flou est le lot de ce type de comité : il s'agit d'une étape de diagnostic et de relance politique, pas encore d'un texte de loi ou d'un décret d'application. L'enjeu, désormais, sera de vérifier si cette relance se traduit par un calendrier précis et des engagements chiffrés, plutôt que par une nouvelle déclaration d'intention sans suite.
Ce que cela changerait, concrètement
Pour un habitant de Lambaréné, de Tchibanga ou de Bitam, la décentralisation n'est pas un concept abstrait : c'est la différence entre une commune capable de curer ses caniveaux avant la saison des pluies et une autre qui attend une subvention exceptionnelle de l'État à chaque urgence. Donner de vraies marges de manœuvre financières aux collectivités, c'est rapprocher la décision de l'usager et, en théorie, accélérer la réponse aux besoins du quotidien.
Reste à savoir si cette nouvelle impulsion aboutira à des textes concrets. Les prochains mois, avec la publication éventuelle de mesures issues de ce comité, permettront de juger si le Gabon tient enfin cette promesse vieille d'une génération.
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