Chômage des jeunes : le paradoxe d'un Gabon riche mais bloqué
Une tribune récente relance le débat sur l'écart entre les ressources du pays et l'accès des jeunes à un emploi durable.
Le Gabon affiche un revenu par habitant parmi les plus élevés d'Afrique subsaharienne, porté par le pétrole, le bois et le manganèse. Pourtant, une part importante de sa jeunesse reste à l'écart d'un emploi stable. Une tribune publiée récemment pose la question sans détour : faut-il repenser en profondeur le modèle économique gabonais pour qu'il profite enfin à ceux qui devraient en être les premiers bénéficiaires ?

Le constat n'est pas neuf, mais il continue de heurter. Le Gabon compte parmi les pays les mieux dotés en ressources naturelles du continent — pétrole, manganèse, bois précieux — et affiche à ce titre un revenu par habitant qui le classe dans le haut du tableau en Afrique subsaharienne. Ce chiffre macroéconomique, souvent cité comme un motif de fierté, cache pourtant une réalité plus rugueuse sur le terrain : une jeunesse nombreuse, formée ou non, qui cherche un emploi stable sans toujours le trouver.
C'est ce paradoxe qu'une tribune récente met en lumière, en interrogeant la solidité même du modèle de développement gabonais. L'argument est connu des économistes : une richesse tirée essentiellement de ressources extractives crée de la valeur sans nécessairement créer massivement des emplois. Le secteur pétrolier, par exemple, pèse lourd dans le PIB mais reste peu intensif en main-d'œuvre comparé à l'agriculture, l'industrie légère ou les services.
Une économie de rente face à une jeunesse en attente
Cette configuration n'est pas propre au Gabon — elle touche nombre d'États rentiers, du Golfe à l'Afrique centrale. Mais elle prend une acuité particulière dans un pays où la population est majoritairement jeune et où l'urbanisation, concentrée à Libreville et Port-Gentil, rend visible chaque année de nouvelles cohortes de diplômés en quête de premier emploi.
La question posée par cette tribune dépasse le simple constat statistique. Elle interroge la capacité du pays à transformer sa rente en investissements créateurs d'emplois durables, plutôt qu'en dépenses ponctuelles. C'est tout l'enjeu de la diversification économique, un mot que l'on entend depuis des années dans les discours officiels, mais dont la traduction concrète dans les bassins d'emploi reste attendue par une partie de la jeunesse.
Diversifier, former, insérer : le triptyque à activer
Plusieurs pistes reviennent régulièrement dans les débats publics gabonais : le développement de la transformation locale du bois et du manganèse, qui génère davantage d'emplois que l'exportation de matières brutes ; le soutien à l'agriculture et à l'agro-industrie, secteurs à fort potentiel d'absorption de main-d'œuvre ; et l'adaptation des filières de formation aux besoins réels du marché, pour réduire le décalage entre diplômes obtenus et compétences recherchées par les entreprises.
Ces orientations ne sont pas de simples vœux pieux : elles recoupent des priorités déjà affichées par les autorités gabonaises en matière de diversification économique, notamment autour de la transformation locale des ressources et du soutien à l'entrepreneuriat des jeunes. Le défi consiste à accélérer leur mise en œuvre et à en mesurer les effets sur le terrain, dans des délais qui comptent pour une génération qui ne peut attendre indéfiniment.
Ce que cela change, concrètement, pour les Gabonais
Derrière les grands mots de « refondation du modèle économique » se cache une question très concrète : celle du premier emploi, du stage qui débouche sur un contrat, de l'entreprise qui embauche localement plutôt que d'importer des compétences. Chaque avancée en matière de transformation locale des matières premières, chaque filière agricole soutenue, chaque programme de formation ajusté aux besoins du marché représente, potentiellement, des places de travail pour les jeunes Gabonais.
La tribune qui relance ce débat n'apporte pas de solution miracle — elle a le mérite de reposer, avec clarté, une question que le pays ne peut se permettre d'ignorer. Le revenu par habitant, aussi élevé soit-il sur le papier, ne vaut rien pour celui qui reste sans emploi. C'est bien là que se mesure, in fine, la réussite ou l'échec d'un modèle économique : dans sa capacité à irriguer la vie quotidienne de sa jeunesse, et pas seulement les statistiques nationales.
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