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Carburants importés : la BEAC pousse le Gabon à moderniser sa raffinerie

La banque centrale sous-régionale recommande l’achat d’un hydrocraqueur pour la Sogara afin de réduire la dépendance du pays aux carburants venus de l’étranger.

Le Gabon produit du pétrole brut depuis plus d’un demi-siècle, mais continue d’importer une bonne partie du carburant qu’il consomme. Un paradoxe que la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) entend voir corrigé, en préconisant l’acquisition d’un hydrocraqueur pour la raffinerie de Port-Gentil, la Sogara. Une piste technique, mais aux implications très concrètes pour les finances publiques et le portefeuille des Gabonais.

Installations industrielles de la raffinerie Sogara à Port-Gentil
La raffinerie Sogara, à Port-Gentil, reste au cœur des débats sur la souveraineté énergétique du Gabon.

Il y a quelque chose d’étrange, presque d’incongru, dans la situation énergétique du Gabon. Le pays extrait du pétrole depuis les années 1960, exporte du brut vers l’Asie et l’Europe, et pourtant les stations-service de Libreville ou de Port-Gentil dépendent largement de carburants raffinés à l’étranger, achetés en devises, transportés par bateau, puis revendus sur un marché intérieur où l’État maintient des prix administrés.

C’est ce paradoxe que la BEAC a choisi de pointer, en recommandant d’accélérer l’acquisition d’un hydrocraqueur pour la Sogara, la Société gabonaise de raffinage, installée à Port-Gentil. Derrière ce nom technique se cache une unité industrielle capable de transformer les fractions lourdes du pétrole — celles qui, aujourd’hui, ne trouvent pas toujours d’usage rentable — en produits plus légers et plus demandés : gazole, kérosène, essence. Concrètement, un hydrocraqueur permet de tirer davantage de carburant utile d’un même baril de brut traité.

Une dépendance qui coûte cher

La recommandation de la banque centrale intervient dans un climat international tendu, marqué par les soubresauts des marchés pétroliers et les incertitudes sur les flux commerciaux mondiaux. Dans ce contexte, chaque pays producteur qui reste importateur de produits finis se retrouve en position de fragilité : il vend son brut à un prix, puis rachète du carburant transformé à un prix souvent plus élevé, subissant les à-coups des taux de change et du coût du fret.

Pour le Gabon, cette dépendance a un prix direct. Les importations de carburants raffinés pèsent sur la balance commerciale et sur les réserves de change, dans une zone monétaire — la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale — où la stabilité du franc CFA reste une préoccupation constante des autorités monétaires. Moderniser l’outil de raffinage national reviendrait, in fine, à limiter ces sorties de devises.

Ce que changerait un hydrocraqueur pour la Sogara

La Sogara traite historiquement une partie du brut gabonais, mais sa configuration technique limite la quantité de carburants de qualité qu’elle peut produire à partir d’un baril. Un hydrocraqueur augmenterait ce rendement, en valorisant mieux les résidus lourds plutôt que de les écouler à faible valeur ajoutée.

L’enjeu n’est pas seulement industriel. Une raffinerie plus performante, c’est potentiellement moins de camions-citernes venus de l’étranger, moins de tension sur l’approvisionnement en période de crise internationale, et une meilleure maîtrise, à terme, du prix payé par l’automobiliste gabonais à la pompe — même si cette équation dépend aussi de la politique de subvention et de fixation des prix menée par l’État.

Une recommandation, pas encore une décision

À ce stade, il s’agit d’une recommandation formulée par la BEAC, et non d’un projet d’investissement arrêté. Selon nos informations, aucun calendrier ni montant précis n’a été rendu public à ce jour concernant l’acquisition de cet équipement. La prudence s’impose donc sur l’ampleur et le rythme d’un éventuel projet, qui supposerait des investissements lourds et l’implication des actionnaires de la Sogara, parmi lesquels figure l’État gabonais.

Reste que le signal envoyé par la banque centrale sous-régionale a valeur d’avertissement autant que de conseil : dans une zone où plusieurs pays membres sont producteurs de pétrole sans être autosuffisants en carburants, la modernisation des capacités de raffinage locales apparaît comme un levier de souveraineté économique, plus que comme un simple choix technique.

Ce qu’il faut retenir

Pour les Gabonais, l’enjeu dépasse la seule mécanique industrielle. Une raffinerie mieux équipée, c’est la promesse — encore lointaine — d’une facture d’importation allégée et d’une résilience accrue face aux chocs pétroliers mondiaux. Mais entre la recommandation d’aujourd’hui et sa mise en œuvre effective, plusieurs étapes restent à franchir : financement, choix technologique, calendrier. Le dossier sera à suivre dans les prochains mois.

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