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Au Mali, la nationalité d'origine n'est plus intouchable

Bamako élargit la déchéance de nationalité à ses citoyens de naissance, une première dans un pays qui la réservait jusqu'ici aux personnes naturalisées.

Le gouvernement malien a adopté un projet d'ordonnance permettant de retirer la nationalité malienne aux citoyens d'origine, et non plus seulement aux personnes naturalisées. Présentée comme un outil de défense des intérêts de l'État, la réforme s'inscrit dans un mouvement régional déjà amorcé par le Niger voisin.

Drapeau malien devant un bâtiment public, illustration de la réforme sur la nationalité
Le Mali modifie son Code des personnes et de la famille pour étendre la déchéance de nationalité aux citoyens d'origine.

Jusqu'à présent, être né malien offrait une forme de sécurité juridique absolue : la nationalité d'origine ne pouvait, sauf cas très rares, être remise en cause. Un projet d'ordonnance adopté récemment par le gouvernement de transition change cette donne en modifiant le Code des personnes et de la famille de 2011, qui régit depuis quinze ans l'état civil et la citoyenneté maliens.

Un dispositif jusqu'ici réservé aux naturalisés

La déchéance de nationalité existait déjà dans la loi malienne, mais elle visait avant tout les personnes ayant acquis la nationalité par naturalisation, généralement en cas d'atteinte grave à la sûreté de l'État. La réforme annoncée étend ce mécanisme aux Maliens d'origine, c'est-à-dire à ceux qui tiennent leur nationalité de leur naissance ou de leur filiation, sans démarche d'acquisition. C'est ce changement de périmètre qui constitue la véritable rupture juridique.

Selon les informations disponibles, les autorités justifient cette extension par la nécessité de renforcer l'arsenal juridique contre les atteintes aux intérêts fondamentaux de l'État. Le texte ne précise pas encore, à ce stade, la liste exhaustive des motifs susceptibles d'entraîner un tel retrait, ni les garanties procédurales offertes aux personnes concernées.

Une tendance régionale qui interroge

Cette réforme malienne ne surgit pas isolément. Le Niger a adopté un dispositif comparable ces derniers mois, ce qui laisse penser à une convergence entre certains pays du Sahel confrontés à des enjeux sécuritaires similaires, dans un contexte de tensions avec des partenaires extérieurs et de vigilance accrue autour des questions de loyauté nationale.

Reste que le principe même de la déchéance de nationalité d'origine soulève, partout où il est envisagé, des questions de fond : comment garantir qu'une telle mesure ne devienne pas un instrument arbitraire, et quels recours pour les personnes visées ? Ces interrogations, légitimes, appelleront des précisions lorsque le texte définitif sera publié et débattu.

Ce que cela signifie pour la région

Pour l'heure, aucune application concrète de cette extension n'a été rapportée, et le texte demeure au stade de projet d'ordonnance. Le Gabon n'est pas directement concerné par cette réforme, mais l'évolution du droit de la nationalité dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et du Sahel mérite d'être suivie : elle dit quelque chose des équilibres que cherchent à établir des États en transition entre sécurité, souveraineté et droits fondamentaux des citoyens. L'issue de ce débat malien, une fois le texte définitivement adopté, éclairera la manière dont d'autres pays africains abordent cette question sensible.

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