Alcools en sachet : la traque de la DGCCRF contre les boissons qui tuent
À Libreville, les contrôleurs de la Concurrence et de la Consommation resserrent l'étau sur les alcools frelatés vendus dans les marchés.
Petits sachets colorés vendus à la sauvette, souvent sans étiquette ni date de fabrication : ces boissons alcoolisées bon marché inquiétaient depuis longtemps les autorités sanitaires. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a lancé une opération de contrôle dans les marchés de la capitale, avec l'intention affichée de l'étendre à tout le territoire.

Sur les étals de certains marchés de Libreville, on les trouve glissés entre les légumes ou empilés dans des glacières improvisées : des sachets plastique remplis d'un liquide alcoolisé, vendus quelques centaines de francs. Pas d'étiquette, pas de date de fabrication, pas de mention du taux d'alcool. Ce sont ces produits que la DGCCRF vient de placer dans son viseur.
L'organisme, chargé de veiller à la loyauté des transactions commerciales et à la sécurité des produits mis sur le marché, a engagé des opérations de contrôle dans plusieurs points de vente de la capitale. L'objectif : identifier et retirer de la circulation ces boissons dont l'origine et la composition échappent à tout contrôle sanitaire.
Un cocktail de risques mal identifiés
Le danger de ces alcools ne tient pas seulement à leur degré, souvent inconnu de l'acheteur lui-même. Selon les constats de la DGCCRF, ces boissons et leurs emballages non conformes exposent les consommateurs à des risques sérieux : addiction facilitée par un prix très bas et une accessibilité immédiate, intoxications pouvant être mortelles, et un risque accru de développer certains cancers à moyen ou long terme.
Ce qui distingue un alcool frelaté d'une boisson artisanale traditionnelle, c'est précisément l'absence de traçabilité. Personne ne peut garantir ce qui a réellement servi à la fabrication, ni dans quelles conditions d'hygiène le produit a été conditionné. Le sachet plastique, souvent réutilisé ou de qualité alimentaire douteuse, ajoute sa propre part de risque en libérant potentiellement des substances toxiques au contact du liquide.
Une menace qui dépasse la seule question sanitaire
Ce phénomène touche en priorité les publics les plus vulnérables : jeunes désargentés, populations précaires, consommateurs cherchant l'ivresse la moins chère possible. Le prix modeste de ces sachets en fait une porte d'entrée vers une consommation régulière, parfois dès l'adolescence, dans des zones où l'accès à l'alcool n'est pas toujours strictement encadré.
Au-delà du drame individuel que représente chaque intoxication, c'est tout un système économique parallèle que ces contrôles visent à démanteler : une filière informelle qui échappe à la fiscalité, aux normes de fabrication et à toute forme de responsabilité en cas d'accident sanitaire.
Des contrôles appelés à s'étendre
La DGCCRF a indiqué que ces opérations, débutées dans la capitale, seront reconduites sur l'ensemble du territoire national. Une manière de signifier que le phénomène ne se limite pas aux marchés de Libreville et que la vigilance devra s'exercer partout où ces produits circulent.
Pour les consommateurs, le message est simple : privilégier les boissons vendues dans des conditionnements scellés, étiquetés et identifiables, et se méfier de tout produit dont l'origine ne peut être vérifiée. Pour les commerçants, l'avertissement est tout aussi clair — la vente de ces alcools non conformes expose à des sanctions, dans un contexte où l'État entend faire respecter les règles de sécurité alimentaire et sanitaire.
Ce que cela change concrètement : au-delà de la répression, ces opérations posent la question plus large de l'encadrement des circuits informels de distribution d'alcool au Gabon. Une filière mieux régulée, c'est aussi la promesse de marchés plus sûrs pour les familles gabonaises qui les fréquentent au quotidien.
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