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Afrique du Sud : pourquoi le procès en xénophobie ravive une mémoire africaine douloureuse

Une tribune récente interroge le fossé entre le soutien historique du continent à l'Afrique du Sud et les accusations de xénophobie qui la visent aujourd'hui.

Depuis plusieurs années, des voix africaines s'élèvent régulièrement pour dénoncer des actes de xénophobie en Afrique du Sud, visant notamment des ressortissants d'autres pays du continent installés dans le pays. Une tribune récemment publiée relance ce débat en rappelant un paradoxe : c'est tout un continent qui s'était mobilisé, parfois au prix de sacrifices humains, pour soutenir l'Afrique du Sud pendant les années sombres de l'apartheid. Retour sur une question qui touche à la mémoire, à la solidarité panafricaine et à l'avenir des relations entre pays africains.

Drapeau de l'Afrique du Sud flottant au vent avec en fond une silhouette du continent africain
L'Afrique du Sud, surnommée la « nation arc-en-ciel », fait face à un débat continental sur la solidarité africaine.

Une dette morale que l'Histoire n'a pas effacée

Entre les années 1960 et le début des années 1990, la lutte contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud a mobilisé une grande partie du continent africain. De nombreux pays ont apporté un soutien diplomatique, logistique et parfois militaire au mouvement anti-apartheid, dans un contexte où ce combat était perçu comme celui de toute l'Afrique contre une injustice raciale institutionnalisée.

Cette solidarité continentale, largement documentée par l'Histoire, explique pourquoi certains observateurs africains ressentent aujourd'hui un profond malaise face aux tensions xénophobes qui traversent périodiquement la société sud-africaine. Le sentiment d'une dette morale non honorée nourrit une partie du débat actuel.

Des accusations récurrentes, un sujet sensible

Depuis plus d'une décennie, l'Afrique du Sud est régulièrement pointée du doigt pour des épisodes de tensions visant des communautés étrangères installées sur son sol, notamment des ressortissants d'autres nations africaines. Ces épisodes suscitent chaque fois de vives réactions, tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur de ses frontières.

Il convient toutefois d'aborder ce sujet avec la prudence qu'il exige. Les causes de ces tensions sont multiples : pression économique, chômage, concurrence sur le marché de l'emploi informel, mais aussi perceptions et rumeurs qui peuvent amplifier des faits isolés. Attribuer à l'ensemble d'une société un sentiment xénophobe généralisé serait à la fois inexact et injuste envers la majorité de la population sud-africaine, qui ne partage pas ces comportements.

La nation arc-en-ciel face à son propre miroir

L'Afrique du Sud post-apartheid s'est construite sur l'idéal de la « nation arc-en-ciel », une expression popularisée après 1994 pour désigner un pays uni dans sa diversité raciale et culturelle. Cet idéal, porté notamment par la réconciliation nationale, reste une référence morale forte pour tout le continent.

C'est précisément parce que cet idéal est exigeant que les manquements qui lui sont reprochés résonnent aussi fort. La question posée par la tribune n'est donc pas seulement celle d'un jugement à porter sur l'Afrique du Sud, mais celle d'une interpellation fraternelle : comment le continent, uni dans le passé contre l'injustice, peut-il rester uni face aux défis présents ?

Ce que ce débat révèle sur la solidarité africaine

Ce débat dépasse le seul cas sud-africain. Il pose la question plus large de la circulation des personnes en Afrique, de l'intégration économique régionale et du sens que l'on donne, aujourd'hui, à la solidarité panafricaine héritée des luttes de libération.

Plusieurs initiatives continentales, à l'image des efforts d'intégration portés par l'Union africaine, visent justement à renforcer la libre circulation et la coopération entre pays africains, dans l'esprit même qui avait permis la victoire contre l'apartheid. C'est sans doute dans cette direction, plus que dans la polémique, que se trouve une réponse durable.

Le débat lancé par cette tribune, au-delà de son ton parfois vif, a le mérite de rappeler une évidence : la mémoire d'une solidarité africaine forgée dans l'adversité mérite d'être entretenue, pas seulement invoquée au gré des crises.

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