À New York, le Gabon réclame un financement climatique plus juste
En marge du Forum politique de haut niveau des Nations unies, Libreville a plaidé pour des mécanismes d'accès aux fonds climat et biodiversité plus directs et plus équitables.
Le 14 juillet, au siège de la mission permanente de l'Union africaine à New York, la ministre gabonaise de la Planification et de la Prospective, Louise Pierrette Mvono, a porté la voix de son pays lors du lancement d'un rapport conjoint sur l'accès aux financements climatiques. Un message clair : les pays qui protègent les forêts et la biodiversité doivent pouvoir toucher plus vite et plus simplement l'argent promis par la communauté internationale.

Un rapport, une tribune, un message
Le cadre était institutionnel, presque discret : un lancement de rapport en marge du Forum politique de haut niveau (HLPF) des Nations unies, l'instance qui évalue chaque année les progrès des pays vers les objectifs de développement durable. Mais le sujet, lui, touche directement au portefeuille des États africains les plus engagés dans la protection de l'environnement.
Le document présenté, élaboré conjointement par l'OCDE et l'Organisation internationale de la Francophonie, à travers son Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), porte un titre qui résume tout le débat : « Accès au financement pour le climat et la biodiversité : des engagements mondiaux à l'action nationale ». Autrement dit, comment transformer les promesses des grandes conférences internationales en argent réellement disponible, sur le terrain, pour les pays qui en ont besoin.
C'est dans cet exercice que Louise Pierrette Mvono a pris la parole, invitée à défendre la position de son pays devant un parterre de diplomates et d'experts venus du monde entier.
Le fossé entre les promesses et les décaissements
Le constat que dressent depuis plusieurs années les pays d'Afrique centrale, Gabon en tête, n'est pas nouveau, mais il reste d'une actualité brûlante : les engagements financiers pris lors des grandes conférences climatiques se traduisent trop lentement, et trop partiellement, en décaissements concrets. Les procédures sont longues, les critères d'éligibilité complexes, et les fonds passent souvent par plusieurs intermédiaires avant d'arriver à destination.
Pour un pays comme le Gabon, dont l'essentiel du territoire est couvert de forêt tropicale et qui joue un rôle reconnu de puits de carbone à l'échelle mondiale, cette lenteur a un coût réel. Chaque année de retard dans l'accès aux financements, c'est autant de moyens qui manquent pour la gestion durable des espaces naturels, la lutte contre le braconnage, ou le développement d'activités économiques compatibles avec la préservation de la biodiversité.
C'est ce déséquilibre que la ministre gabonaise est venue pointer, en appelant à des mécanismes « plus directs et plus équitables » — une formule qui, dans le langage feutré de la diplomatie multilatérale, sonne comme un appel à revoir en profondeur l'architecture actuelle du financement climatique.
Ce que Libreville demande concrètement
L'enjeu, pour le Gabon, n'est pas seulement financier. Il touche à la reconnaissance d'un modèle de développement qui a fait le choix, depuis plusieurs années, de préserver ses écosystèmes plutôt que de les sacrifier à une exploitation intensive. Un choix qui a un coût d'opportunité : moins de terres converties à l'agriculture ou à l'exploitation forestière industrielle, au nom d'un bénéfice collectif — la stabilité du climat mondial — dont les retombées financières restent, aujourd'hui encore, largement en dessous des attentes.
En plaidant pour une « révolution » des mécanismes de financement, le Gabon rejoint la position défendue par un nombre croissant de pays du bassin du Congo, qui réclament des instruments d'accès simplifiés, moins bureaucratiques, et davantage tournés vers les besoins réels des populations locales plutôt que vers la seule logique des projets pilotés depuis les capitales des bailleurs.
Et pour les Gabonais, qu'est-ce que cela change ?
Derrière les intitulés techniques de rapports et les tribunes onusiennes, c'est bien une question concrète qui se pose : celle des moyens disponibles pour financer, chez nous, la préservation des parcs nationaux, l'appui aux communautés riveraines des forêts, ou encore les projets de reconversion économique dans les zones les plus dépendantes des ressources naturelles.
Un accès plus rapide et plus direct aux financements climatiques et biodiversité, s'il se concrétise, pourrait à terme irriguer davantage ces programmes, sans passer par des circuits de gestion coûteux et parfois éloignés des réalités du terrain. C'est tout l'enjeu de la bataille diplomatique que mène aujourd'hui le Gabon à New York : transformer une promesse mondiale en outil utile, ici, pour les populations qui vivent au quotidien avec la forêt.
La suite se jouera dans les mois à venir, au fil des négociations internationales sur le climat et la biodiversité, où Libreville entend continuer de porter cette exigence d'équité.
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